À retenir : le 30 mai 2024, la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP) a suspendu le joueur de l'AS Monaco Mohamed Camara pour quatre matchs fermes. Il lui était reproché d'avoir masqué le symbole arc-en-ciel de la campagne de lutte contre l'homophobie sur son maillot et refusé de poser devant la banderole de sensibilisation, le 19 mai 2024, avant un match de Ligue 1. Cette sanction est la première jamais prononcée pour ce type de comportement, mais elle reste très inférieure aux dix matchs de suspension que prévoit, pour un comportement discriminatoire, le barème disciplinaire 2023-2024 de la Fédération française de football (FFF). Ni l'AS Monaco ni les autres joueurs et clubs concernés par des refus similaires n'ont été inquiétés, ce qui a conduit une association de supporters à déposer plainte pour incitation publique à la haine.
Le 19 mai 2024, à l'occasion d'une journée de sensibilisation à la lutte contre l'homophobie organisée par la LFP en Ligue 1, Mohamed Camara a masqué le symbole arc-en-ciel figurant sur son maillot avant la rencontre AS Monaco – FC Nantes, et a refusé de se prêter à la photo protocolaire devant le slogan de la campagne. Saisie de ces faits, la commission de discipline de la LFP, qui statue par délégation de la FFF, a décidé le 30 mai 2024 de lui infliger quatre matchs de suspension ferme, après avoir pris acte, en séance, de son refus d'effectuer une action de sensibilisation. Une sanction inédite dans son principe, mais dont la sévérité fait débat.
Le refus de certains joueurs de s'associer aux actions de lutte contre l'homophobie n'est pas un phénomène nouveau : plusieurs footballeurs professionnels s'abstiennent régulièrement de porter le brassard ou le maillot de la campagne, invoquant leur culture ou leurs convictions religieuses. Jusqu'à l'affaire Camara, aucune de ces absences n'avait toutefois donné lieu à une sanction disciplinaire de la part de la LFP.
Un seul précédent existait alors pour une attitude directement homophobe. À l'été 2023, le joueur du FC Metz Kévin N'Doram avait tenu des propos jugés homophobes à la mi-temps d'un match contre l'Olympique de Marseille. La commission de discipline de la LFP lui avait infligé un match de suspension avec sursis, le 30 août 2023, après qu'il eut présenté ses excuses publiques et accepté de participer à une action de sensibilisation à la lutte contre les discriminations.
La suspension prononcée prive le joueur des quatre premières rencontres de la saison 2024-2025 de Ligue 1. Elle ne l'empêche en revanche pas de représenter son pays avec l'équipe nationale du Mali dès le début du mois de juin 2024.
Cette sanction paraît surtout modeste au regard du barème disciplinaire 2023-2024 de la FFF. Ce barème érige en effet le « propos, geste et/ou attitude visant une personne en raison notamment de son orientation sexuelle » en comportement discriminatoire passible, pour un joueur, de dix matchs de suspension. Le maintien de la posture de Mohamed Camara et son refus de toute action de sensibilisation en séance auraient pu être retenus comme une circonstance aggravante justifiant une sanction proche de ce maximum — ce que la commission de discipline n'a pas fait.
Le même barème et le règlement disciplinaire de la FFF exposent également le club d'un joueur fautif à une ou plusieurs sanctions propres : rappel à l'ordre, amende, perte d'un match par pénalité, retrait de points au classement d'une compétition en cours ou à venir, entre autres mesures que l'organe disciplinaire apprécie souverainement selon les circonstances de l'espèce. En l'espèce, l'AS Monaco n'a fait l'objet d'aucune sanction — une absence de poursuite regrettée jusque par la ministre des Sports. Le club s'était pourtant désolidarisé de son joueur en amont de l'audience, refusant de l'assister devant la commission, avant d'annoncer son soutien à la décision de sanction et de renoncer à tout appel.
L'association de supporters LGBT+ de l'équipe de France « Bleus et Fiers » a annoncé avoir déposé plainte contre Mohamed Camara, mais aussi contre d'autres joueurs absents des actions du 19 mai 2024, leurs clubs respectifs et la LFP, pour provocation publique à la haine en raison de l'orientation sexuelle. Ce délit est puni, aux termes de l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Ce dépôt de plainte pourrait inciter la LFP à sanctionner plus fermement les joueurs récalcitrants à l'avenir.
La LFP n'est pas la seule organisation sportive à s'être mobilisée à l'occasion de la journée mondiale contre les LGBT-phobies du 17 mai. Les arbitres des quatre divisions professionnelles du handball français, masculin et féminin, ont ainsi porté un brassard arc-en-ciel à cette occasion, tandis que la Fédération française de rugby a fait le choix de tracer des lignes arc-en-ciel sur ses pelouses. Aucun incident particulier n'a été relevé dans ces disciplines — signe que, malgré les réticences persistantes du football professionnel, les lignes semblent, ailleurs dans le sport, progressivement bouger.
Le droit du sport de Fleurus Avocats accompagne fédérations, clubs et sportifs sur les questions disciplinaires, la conformité des règlements et la prévention des discriminations. Sur ces enjeux, retrouvez également notre article « Lutte contre les violences et les discriminations dans le sport ».
Article initialement publié sur Le Club des Juristes, le 10 juin 2024, sous le titre « Affaire Mohamed Camara : des sanctions contre l'homophobie trop légères dans le football professionnel ? »